Acidité du corps : votre corps est un régulateur d'acidité extraordinaire
Dr Xavier Bouny16 juillet 202628 min de lecture

Vous êtes fatiguée depuis des mois. Vos analyses sont revenues « normales ». On vous a dit que c'était l'âge, le stress, la vie. Et puis quelqu'un a enfin mis un mot sur ce que vous ressentez : votre terrain serait acide. Pour la première fois, une explication collait à ce que vit votre corps. Ce que vous ressentez est réel, et rien dans cet article ne dira le contraire.
Une précision avant d'aller plus loin, parce qu'elle change la façon de lire ce qui suit. Ce blog ne vend rien. Pas de complément, pas de bandelette, pas de cure, aucune prestation. C'est le seul avantage que nous ayons sur la plupart des pages que vous avez ouvertes aujourd'hui sur l'acidité du corps, et c'est le plus important : personne ici n'a besoin que vous soyez acide.
Voici ce que vous trouverez : comment votre organisme régule son pH, et c'est impressionnant ; les trois seules situations où l'acidité devient un vrai sujet médical ; et où chercher vos symptômes. Et si vous avez déjà changé votre alimentation et que vous vous sentez mieux, on vous expliquera pourquoi vous aviez raison.
Les signes qu'on attribue à l'acidité, et ce qu'ils veulent vraiment dire
Si vous êtes tombé sur une liste de « signes que votre corps est trop acide », vous avez probablement reconnu plusieurs lignes. C'est normal, et ce n'est pas une coïncidence : ces symptômes sont fréquents, réels, et ils ont des causes qu'on sait chercher.
| Ce que vous ressentez | Ce qui le cause réellement (documenté) | Ce que vous pouvez demander à votre médecin |
|---|---|---|
| Une fatigue qui persiste malgré le repos | Anémie (souvent carence en fer), hypothyroïdie, diabète de type 2, dépression, anxiété ou burnout, apnée du sommeil, infection chronique, effet d'un médicament, convalescence. Au-delà de six mois, on parle d'asthénie chronique (Ameli). | Un bilan sanguin, c'est ce qui identifie la cause : NFS, glycémie à jeun, TSH, ferritine, bilan hépatique, CRP. Une fatigue qui dure sans cause évidente justifie une consultation. |
| Une raideur ou des douleurs articulaires le matin | Ici, le critère qui compte est la durée. Une raideur qui dure plus de 30 minutes oriente vers une cause inflammatoire (HAS, polyarthrite rhumatoïde, 2007). Dans l'arthrose, qui est mécanique, elle se dissipe en quelques minutes. | Chronométrez votre raideur demain matin et notez la durée. C'est une information que votre médecin utilisera directement. Une raideur de plus de 30 minutes depuis plus de six semaines, avec des articulations gonflées, relève d'un avis rhumatologique. |
| Des crampes musculaires | L'hypothyroïdie figure parmi les causes documentées. Également : certains médicaments, la déshydratation, des troubles ioniques, des causes vasculaires. | Si les crampes s'accompagnent de frilosité, de fatigue et de constipation, un dosage de TSH répond à la question. |
| Une frilosité permanente | C'est un symptôme documenté de l'hypothyroïdie, avec baisse de la température du corps, souvent associée à un pouls lent, une constipation, une prise de poids malgré peu d'appétit, des règles irrégulières, des troubles de la concentration et de la mémoire (Ameli). | Un dosage de TSH. Si elle est anormale, T4 libre, puis anticorps anti-TPO. Une hypothyroïdie avérée correspond à une TSH supérieure à 10 mUI/L avec une T4L basse. |
| Une peau pâle ou sèche, des cheveux cassants, des ongles fragiles | Symptômes documentés de l'hypothyroïdie. L'anémie explique aussi la pâleur. | Ces signes se regardent ensemble, pas isolément : c'est leur association qui oriente le diagnostic. |
| La crainte de vous déminéraliser | Les facteurs de risque d'ostéoporose sont identifiés, et la charge acide de l'alimentation n'en fait pas partie : antécédents familiaux, fracture sans traumatisme majeur, ménopause avant 45 ans, apports faibles en calcium et vitamine D, alcool, tabac, sédentarité, corticoïdes pendant 3 mois ou plus (HAS). | L'ostéodensitométrie est prise en charge à 70 % quand elle est indiquée, et les indications sont précises (Ameli). Si un ou plusieurs de ces facteurs vous concernent, c'est la conversation à avoir. |
| Des troubles digestifs, des brûlures, des ballonnements | Le reflux tient à une défaillance de la barrière antireflux, pas à un excès de production d'acide (MSD). Les premières mesures agissent sur cette barrière : perte de poids, arrêt du tabac, pas de repas juste avant le coucher, tête de lit surélevée. | Des symptômes digestifs qui persistent se font évaluer. Ils ont des causes précises, et certaines demandent un examen. |
Ce tableau ne remplace pas un diagnostic : il sert à préparer une conversation. Aucune de ces lignes ne se conclut toute seule.
Regardez la deuxième ligne de plus près. Chronométrer votre raideur demain matin ne coûte rien, prend trente secondes, et donne à votre médecin une information qu'il utilisera vraiment. C'est exactement ce que la bandelette promettait de vous offrir, en vrai cette fois.
Et si vous avez entre 45 et 65 ans, que vous êtes fatiguée, frileuse, que vos cheveux cassent et que votre bilan a été jugé « normal », il y a une hypothèse à poser avant celle du terrain acide : une thyroïde ou une ménopause qui se manifestent. C'est littéralement le même portrait clinique, et celui-là se dose.
Comment votre corps régule-t-il son acidité ?
Avant de savoir si votre corps est trop acide, il faut voir ce qu'il fait de l'acide. Et ce qu'il en fait est spectaculaire.
Le métabolisme de vos glucides et de vos lipides produit chaque jour 15 000 à 20 000 mmol de CO₂, ce que le manuel MSD appelle les acides volatils. Le métabolisme de vos protéines y ajoute environ 70 mmol d'acides non volatils, de l'ordre d'un milliéquivalent par kilo de poids et par jour. Vous fabriquez de l'acide sans arrêt, à chaque respiration, à chaque repas, y compris pendant que vous dormez.
Et pourtant votre pH artériel reste entre 7,35 et 7,45. Certaines références sont encore plus resserrées : MSD donne 7,37 à 7,43. Une fenêtre de 0,1 unité, tenue en permanence, toute votre vie, pendant que vous produisez l'équivalent de plusieurs kilos d'acide volatil par jour. Ce n'est pas un système fragile. C'est un système qui n'a pas le droit à l'erreur et qui ne la commet pas.
Il tient grâce à trois lignes de défense, et le détail qui manque partout ailleurs, c'est leur calendrier.
Les trois lignes de défense, et leurs délais
- Les tampons chimiques : effet immédiat. Le couple bicarbonate/CO₂ dans le sang, les phosphates à l'intérieur des cellules, les protéines dont l'hémoglobine, et l'os. Ils encaissent la seconde même.
- Les poumons : minutes à heures, avec une efficacité de 50 à 75 %. Vous ventilez un peu plus, le CO₂ part.
- Les reins : heures à jours. Ils trient et excrètent les acides non volatils, ceux que les poumons ne peuvent pas souffler.
Le rein, d'ailleurs, ne subit pas : il monte en puissance. Il excrète l'acide notamment par le système ammoniac/ammonium, qui s'adapte activement à la charge acide qu'il reçoit. Plus vous lui en donnez à trier, plus il augmente sa capacité de tri. Ce n'est pas un filtre qui s'encrasse, c'est un système qui s'ajuste.
Reprenez maintenant les deux chiffres du début. 15 000 à 20 000 d'un côté, environ 70 de l'autre. Votre corps évacue plus de 200 fois plus d'acide par les poumons que par les reins. Personne ne vend de cure pour ça. Vous respirez : c'est déjà la principale voie d'élimination de l'acide dans le corps humain, elle tourne toute la nuit, et elle est gratuite.
Que mesure vraiment une bandelette de pH urinaire ?
Si vous avez acheté des bandelettes, gardez-les. Vous n'avez pas gaspillé votre argent. Vous avez juste posé la mauvaise question à un bon outil.
Une bandelette de pH urinaire mesure l'acidité de vos urines, normalement comprise entre 4,5 et 7,5 selon l'alimentation. Elle ne mesure pas le pH de votre sang, qui reste stable entre 7,35 et 7,45. Une urine acide indique que vos reins ont bien évacué les acides du métabolisme.
Tout est dans le « parce que ». Le pH urinaire varie avec ce que vous mangez précisément parce que le rein excrète les ions H⁺ générés par votre métabolisme. La variation n'est pas le symptôme du problème, elle est la signature de la solution.
Le reçu de vos reins. Votre bandelette vire au jaune-orange ? Elle vient de vous dire que vos reins ont fait leur travail cette nuit : ils ont trié les acides produits par votre métabolisme et les ont mis dehors. Une urine acide n'est pas le signe d'un corps qui déborde, c'est le reçu d'un système qui a bien fonctionné. Vous n'avez pas mesuré votre état. Vous avez mesuré le travail de vos reins, et il était bon.
On lit souvent un autre témoignage, et il est instructif. Des utilisatrices racontent que le papier ne bouge quasiment pas. L'une d'elles a testé l'urine de sa fille : même résultat. Elle a fini par tremper la bandelette dans du vinaigre, et là, la couleur a viré franchement. Sans le savoir, elle venait de faire un contrôle de bon fonctionnement, et il était concluant. Le papier marche. Il est simplement peu discriminant face à une urine normale. Une bandelette qui ne bouge pas est un test qui réussit, pas un test qui rate. Une autre note que son pharmacien n'avait pas d'avis sur la question : ce vide-là est réel, et il a été comblé par des gens qui avaient quelque chose à vendre.
Cela dit, la bandelette a un vrai usage médical, chiffré, avec une cible. Il arrive un peu plus bas.
Les aliments acidifiants existent-ils vraiment ?
Oui. Le chiffre existe, il a une formule, il a des auteurs, et il est juste. C'est ce qu'on lui fait dire qui pose problème.
L'indice PRAL vient de Remer et Manz, dans les années 1990. Une nutritionniste et un néphrologue pédiatre. La formule est publiée, universellement citée, et elle combine les protéines, le phosphore, le potassium, le magnésium et le calcium d'un aliment. Ce n'est pas une invention de blog. Ce qu'elle mesure, c'est la charge d'acide que vos reins auront à trier après ce repas. Rien de plus, rien de moins. C'est une prévision de travail rénal, pas un pronostic de santé.
Voici les valeurs des tables de PRAL couramment publiées, avec la colonne qui manque partout ailleurs.
| Aliment | Indice PRAL (mEq/100 g) | Ce que ce chiffre ne dit pas |
|---|---|---|
| Parmesan | +27,8 | Ni que votre sang s'acidifie, il ne bouge pas, ni que vos os souffrent, aucune étude ne le montre. Ce qu'il dit vraiment : le parmesan est riche en protéines et en phosphore. C'est tout. |
| Bœuf | +11,3 | Que les protéines vous déminéralisent. Un essai randomisé a comparé 0,8, 1,6 et 2,4 g de protéines par kilo et par jour pendant 31 jours : aucune différence sur l'absorption du calcium, son excrétion urinaire, les marqueurs de remodelage osseux ni la densité osseuse. |
| Filet de cabillaud | +9,9 | Qu'un poisson maigre serait mauvais pour vous. Le PRAL ne connaît ni les oméga 3, ni l'iode, ni rien d'autre que cinq minéraux et les protéines. |
| Œufs de poule | +7,2 | Que ce chiffre pèse quoi que ce soit face aux 15 000 à 20 000 mmol de CO₂ que vous évacuez chaque jour en respirant. |
| Pain blanc | +4,2 | Que le problème du pain blanc soit son acidité. S'il y en a un, il est ailleurs : index glycémique, fibres, sel. |
| Riz blanc | +1,6 | Grand chose. À ce niveau, le chiffre est dans le bruit de fond de ce que vos reins traitent sans y penser. |
| Jus de citron | -2,4 | Que la naturopathie ait tort ici. Elle a raison, et pour la bonne raison : le citrate est métabolisé en bicarbonate. Acide dans le verre, alcalinisant après métabolisme. |
| Pomme de terre | -5,2 | Qu'un aliment à PRAL négatif soit automatiquement bon. Frite, la pomme de terre garde son PRAL et change tout le reste. |
| Banane | -6,9 | Que ce soit le PRAL qui explique l'intérêt de la banane. C'est le potassium, et le potassium a des effets documentés qui n'ont rien à voir avec le pH. |
| Épinards | -10,3 | Que -10,3 soit meilleur que +11,3 pour votre santé. Ça veut dire que le rein aura moins à trier. Point. Si les épinards vous font du bien, c'est pour à peu près tout le reste de ce qu'ils contiennent. |
Un mot sur le citron, parce qu'il mérite d'être dit clairement. Sur ce point, la naturopathie a raison, et elle a raison pour la bonne raison. Le citron est acide dans le verre et alcalinisant dans le corps : son citrate est métabolisé en bicarbonate. Ce n'est même pas une curiosité de blog. Le citrate de potassium est l'un des médicaments que les urologues prescrivent pour alcaliniser les urines et dissoudre certains calculs. Le mécanisme est exactement le même. Ce que la naturopathie a bien vu ici, la médecine l'a mis en boîte et en pharmacie.
Dans quels cas l'acidité est-elle un vrai problème médical ?
« Êtes-vous en acidose ? » Vous avez sûrement croisé cette question quelque part. C'est un vrai mot de médecine, avec une vraie définition et un vrai seuil chiffré. Il désigne trois situations précises, et voici lesquelles.
Une acidité excessive du corps se mesure sur une prise de sang, pas au ressenti : on parle d'acidose quand les bicarbonates plasmatiques passent sous 23 mmol/L. Elle ne se manifeste pas par de la fatigue : une acidémie modérée est asymptomatique. Trois situations médicales sont concernées, et elles sont identifiables.
- L'insuffisance rénale chronique, quand les reins n'éliminent plus assez d'acides.
- Certains calculs rénaux d'acide urique, où le pH urinaire est un paramètre de suivi.
- L'acidocétose diabétique, une urgence qui s'installe en quelques heures à quelques jours.
Relisez la deuxième phrase, elle est contre-intuitive et elle est de MSD : même une vraie acidose légère, mesurée, confirmée, ne fatigue pas par elle-même.
Quand les reins ne suivent plus
La maladie rénale chronique concerne plusieurs millions de personnes en France. L'étude Esteban 2014-2016 de Santé publique France, avec une définition stricte, retrouve 1,5 % (CKD-EPI) à 2,1 % (EKFC) des 18-74 ans, et 6,5 à 9,9 % chez les 65-74 ans.
Chez ces patients, l'acidose métabolique est réelle et elle se traite. Et son traitement de référence va vous surprendre. Dans son avis de la Commission de la Transparence du 18 janvier 2023, la Haute Autorité de Santé décrit la prise en charge standard comme « une alimentation alcalinisante, puis 3 à 6 g de bicarbonate de sodium quotidiens en l'absence de surcharge sodée ».
À quoi ressemble la vraie alcalinisation. Il existe bel et bien un médicament français, remboursé, dont le principe actif est du bicarbonate, prescrit pour lutter contre l'acidité du corps. Il s'appelle BICAFRES. Il n'est pas vendu en cure de 21 jours : il est prescrit à des gens dont les reins ne font plus le travail, sur la foi d'une prise de sang, avec une cible chiffrée d'au moins 22 mmol/L de bicarbonates, et un contrôle régulier.
Les détails, à titre descriptif : c'est la première spécialité de bicarbonate de sodium oral gastrorésistant à obtenir une AMM en France dans cette indication (Vidal, 11 janvier 2024), chez les adultes et adolescents de 14 ans et plus atteints d'insuffisance rénale chronique, avec un service médical rendu important et une amélioration de niveau V. La posologie d'instauration est de 2 à 3 comprimés de 1 000 mg par jour, jusqu'à 8 g par jour.
Et voici pourquoi l'auto-supplémentation en bicarbonate n'est pas une bonne idée : ce traitement ne doit pas être administré au long cours sans contrôle, sous peine d'hypernatrémie et d'alcalose métabolique. Le vrai bicarbonate, celui qui marche, est encadré précisément parce qu'il agit.
Quand on a fait un calcul rénal d'acide urique
La lithiase urinaire touche environ 10 % de la population française, avec de l'ordre de 170 000 épisodes annuels de colique néphrétique (référentiel du Collège français d'urologie, item 265). Les calculs d'oxalate de calcium représentent 70 % des cas, ceux d'acide urique environ 10 %.
Voici la nuance que personne ne vous dit. Un pH urinaire acide, autour de 5, favorise les calculs d'acide urique, de cystine et d'oxalate de calcium. Mais un pH alcalin, autour de 7, favorise les calculs d'infection et phosphocalciques. Alcaliniser n'est donc pas bon dans l'absolu : ça crée d'autres calculs. Le « Vichy Célestins pour tout le monde » est faux, et parfois contre-productif.
Pour les calculs d'acide urique pur, en revanche, l'alcalinisation est un traitement à part entière : on vise un pH urinaire de 6,5 à 7, maintenu y compris la nuit, avec une dissolution possible en 1 à 3 mois. Les moyens sont le bicarbonate de sodium, l'eau de Vichy ou le citrate de potassium, avec une cure de diurèse de plus de 2 litres par jour. Le citrate de potassium est préféré en cas d'hypertension, parce que l'eau de Vichy apporte du sodium.
La bandelette de pH urinaire n'est donc pas un gadget. C'est un outil de suivi urologique réel : chez quelqu'un qui a fait un calcul d'acide urique, elle sert à vérifier qu'on tient un pH de 6,5 à 7, jour et nuit. Elle a une cible, une durée et une raison. Ce n'est pas la bandelette qui pose problème, c'est la question qu'on lui pose.
Quand c'est une urgence, l'acidocétose diabétique
C'est la seule vraie urgence liée à l'acidité, et elle s'installe en quelques heures à quelques jours. Les signes : soif intense, urines abondantes, amaigrissement, nausées, vomissements, douleurs abdominales, respiration profonde et ample, et une haleine classiquement décrite comme une odeur de pomme reinette, qui est celle de l'acétone. Biologiquement, MSD retient un pH artériel sous 7,30, des bicarbonates sous 15 à 18 mEq/L, une glycémie au-dessus de 200 à 250 mg/dL et la présence de corps cétoniques. La mortalité globale est inférieure à 1 %, plus élevée chez le sujet âgé.
Retenez surtout ceci, parce que c'est rassurant. Quand le corps devient vraiment acide, ça ne ressemble pas du tout à « je suis fatiguée et j'ai le teint terne ». Ça ressemble à des vomissements, une respiration bruyante, une haleine reconnaissable et une hospitalisation. C'est brutal, c'est visible, et ça ne s'installe pas discrètement sur 18 mois.
Urgence. Devant ces signes chez une personne diabétique, il n'y a pas de délai de réflexion : c'est le 15. Si vous avez un doute sur qui appeler en urgence, la question se règle avant, pas pendant.
Vos brûlures d'estomac veulent-elles dire que votre corps est acide ?
Non, et l'explication est plus intéressante que ça.
Votre estomac doit être acide, c'est sa fonction. Le suc sécrété par les cellules pariétales sort à un pH d'environ 0,8, plus acide que tout ce que vous avez dans votre cuisine. Et c'est utile : selon MSD, « l'acidité gastrique favorise la digestion en créant le pH optimal pour l'action de la pepsine et de la lipase gastriques et en stimulant la sécrétion pancréatique de bicarbonates ». Elle active la pepsine, l'enzyme qui découpe les protéines, et elle tue une partie de ce que vous avalez avec vos aliments.
Le reflux n'est pas un problème de quantité, c'est un problème de porte. Il résulte d'une défaillance de la barrière antireflux : une pression basse du sphincter œsophagien inférieur, la porte entre l'œsophage et l'estomac, ou surtout un nombre anormalement élevé de relaxations transitoires de cette porte. L'acide est normal. Sa localisation ne l'est pas. La preuve tient dans le traitement de première intention, qui agit entièrement sur la barrière et pas du tout sur la production d'acide.
Plusieurs pages listent pourtant « reflux » et « ballonnements » parmi les signes d'un corps trop acide. Ce sont deux étages différents du corps, et deux questions différentes.
| L'acidité de votre estomac | L'acidité de votre corps | |
|---|---|---|
| De quoi on parle | Le suc gastrique, sécrété par les cellules pariétales, à un pH d'environ 0,8 | Le pH du sang, maintenu entre 7,35 et 7,45 |
| Est-ce normal d'être acide ? | Oui, c'est indispensable. L'acidité gastrique crée le pH optimal pour la pepsine et la lipase, et déclenche la sécrétion pancréatique de bicarbonates | Non, le sang n'est pas acide. Il est légèrement basique, et il le reste |
| Ça varie avec l'alimentation ? | La sécrétion s'adapte aux repas, oui | Non. Ce qui varie, c'est le pH urinaire, entre 4,5 et 7,5, parce que le rein évacue les acides |
| Le vrai problème quand il y en a un | Le reflux : l'acide passe la barrière du sphincter œsophagien inférieur, qui se relâche quand il ne devrait pas. Problème de porte, pas de quantité | L'acidose vraie : des bicarbonates sanguins sous 23 mmol/L, mesurés sur une prise de sang. Trois causes principales, dont l'insuffisance rénale |
| Ce que ça change pour vous | Les premières mesures visent la barrière : perte de poids, arrêt du tabac, pas de repas avant le coucher, tête de lit surélevée | Rien à faire, sauf si vous êtes dans un des trois cas médicaux. Vos reins et vos poumons s'en occupent déjà |
Est-ce que l'acidité déminéralise vos os ?
C'est l'argument le plus solide du camp d'en face, et il faut lui répondre sérieusement, parce qu'il repose sur quelque chose de vrai.
Oui, l'os participe au tamponnement. Il libère d'abord du bicarbonate de sodium et de potassium, puis du carbonate et du phosphate de calcium en cas d'acidose prolongée. C'est décrit dans les manuels de référence, MSD compris, et c'est l'une des raisons pour lesquelles on traite l'acidose de l'insuffisance rénale plutôt que de la laisser courir.
La réponse est dans le mot lui-même. Ce mécanisme suppose une acidose. Une vraie. Celle qui se définit par des bicarbonates sous 23 mmol/L sur une prise de sang. Et l'alimentation n'en crée pas. Le raisonnement du « terrain acide » emprunte un mécanisme réel à une situation clinique, puis l'applique à des gens qui ne sont pas dans cette situation.
Ce n'est pas une opinion. C'est ce qui a été vérifié, avec des carnets alimentaires, des années de suivi et des fractures à compter.
Les trois travaux qui ont cherché le lien
- Jia et coll., Osteoporosis International, 2014. 861 personnes âgées, carnets alimentaires sur 7 jours, suivi de 9,2 ans, 131 fractures ostéoporotiques. Aucune association significative entre la charge acide de l'alimentation et la densité minérale osseuse, le risque d'ostéoporose ou le risque de fracture.
- Papageorgiou et coll., American Journal of Clinical Nutrition, 2020. 853 sujets de plus de 65 ans, suivi de 6 ans, dont 18 % suivant une alimentation à charge acide. Suivre un régime acide n'est défavorablement associé à aucun paramètre de microstructure, de résistance ou de densité minérale osseuse.
- Cao et coll., dans la même revue en 2014. Essai randomisé, 39 sujets sains, 31 jours, trois niveaux de protéines (0,8, 1,6 et 2,4 g par kilo et par jour). Aucune différence sur l'absorption du calcium, son excrétion urinaire, les marqueurs de remodelage osseux ni la densité osseuse. Trois fois plus de protéines, et l'os n'a rien vu.
Soyons précis sur ce que ces travaux montrent, parce que surinterpréter serait exactement le reproche qu'on adresse au camp d'en face. Ils ne montrent pas que manger acide serait bon pour vos os. Ils montrent que le lien qu'on vous décrit n'apparaît pas, même quand on le cherche sérieusement, sur presque dix ans, avec des fractures réelles à compter.
Si vous êtes inquiet pour vos os, l'inquiétude est légitime. Elle est simplement mal adressée. La vraie liste des facteurs de risque est dans le tableau plus haut, et l'ostéodensitométrie est prise en charge à 70 % quand elle est indiquée.
Pourquoi le régime alcalin vous fait-il du bien quand même ?
Si vous avez changé votre alimentation et que vous vous sentez mieux, vous n'avez pas rêvé, et vous n'avez pas eu tort. Vous aviez raison sur le geste.
Des personnes racontent qu'après trois semaines de changement alimentaire, leurs douleurs nocturnes ont diminué, que leur digestion s'est apaisée, qu'elles ont retrouvé de l'énergie. Cette expérience est réelle. La question n'est pas de savoir si ça marche, mais pourquoi.
Suivre un régime alcalin, concrètement, ça veut dire manger plus de légumes et de fruits, moins d'ultra-transformé, moins de sel, et souvent boire davantage d'eau. C'est ça qui agit, et ça agit vraiment. Le bénéfice est au rendez-vous, il arrive juste par une autre porte que celle qu'on vous a montrée.
Et le régime alcalin a même une place officielle. Rappelez-vous la phrase de la Haute Autorité de Santé citée plus haut : « une alimentation alcalinisante » figure en première étape du traitement de l'acidose métabolique de la maladie rénale chronique. Elle y est destinée à des gens dont les reins ne filtrent plus, suivis par un néphrologue, sur la foi d'une prise de sang, avec une cible chiffrée.
À retenir. C'est l'exemple parfait d'un fait vrai qui devient faux dès qu'on lui retire son contexte. Et c'est, en une image, tout le sujet de cette page.
Vous n'avez donc rien à défaire. Gardez l'assiette, elle vous appartient. Ce qu'on vous propose de laisser tomber, c'est l'explication, la culpabilité, les 8 € de bandelettes et les 30 € mensuels de complément.
Un mot sur les eaux alcalines, pour être complet : les allégations de rééquilibrage du pH corporel ne reposent sur aucune donnée solide. Et pour mémoire, un pH urinaire alcalin favorise certains types de calculs. Ce n'est pas une boisson quotidienne, c'est un outil ciblé.
Quand faut-il en parler à un médecin ?
Une fatigue qui dure 18 mois n'est pas une fatalité de l'âge, et ce n'est pas un terrain acide. C'est un motif de consultation.
- Avez-vous une maladie rénale chronique connue ? Si oui, l'acidose métabolique est réelle. Elle se définit par des bicarbonates sous 23 mmol/L, elle se traite (alimentation alcalinisante, puis bicarbonate de sodium, avec depuis 2024 une spécialité dédiée), et c'est votre néphrologue qui pilote, avec une cible chiffrée et un contrôle régulier.
- Avez-vous déjà fait un calcul rénal d'acide urique ? Si oui, le pH urinaire est un vrai paramètre de suivi : cible 6,5 à 7, jour et nuit, avec bicarbonate de sodium, eau de Vichy ou citrate de potassium selon votre tension et vos reins.
- Êtes-vous diabétique, avec une soif intense, des urines abondantes, un amaigrissement, une respiration ample et une haleine fruitée ? C'est une urgence. Appelez le 15.
- Aucune des trois ? Alors votre pH est régulé, et il l'est bien. La bonne question est ailleurs, et le tableau plus haut vous dit où elle se pose.
La bonne prochaine étape n'est pas une cure, c'est en parler à votre médecin traitant, avec des mots précis. Ne dites pas « je crois que je suis trop acide » : vous n'obtiendrez pas grand-chose. Dites plutôt « je suis fatiguée depuis 18 mois, ma raideur matinale dure 40 minutes, j'ai toujours froid, et je voudrais qu'on cherche pourquoi ». C'est la même personne, le même corps, et ce n'est pas la même consultation.
Dernier point, parce qu'il bloque beaucoup de gens : un bilan sanguin « normal » ne veut pas dire « tout a été cherché ». Ça dépend de ce qui a été dosé. Une TSH, une ferritine, ça se demande.
D'où vient l'idée du terrain acide ?
Le concept a une origine précise, et une histoire judiciaire. Elle ne dit rien de vous. Elle dit quelque chose du marché.
La version moderne du régime alcalin a été largement popularisée par Robert O. Young, auteur de « The pH Miracle ». En 2016, il est reconnu coupable de deux chefs d'exercice illégal de la médecine. En juin 2017, il plaide coupable de deux chefs supplémentaires pour éviter un nouveau procès, écope de 44 mois de prison, et doit déclarer publiquement qu'il n'a aucun diplôme d'un établissement accrédité et qu'il « n'est ni microbiologiste, ni hématologue, ni médecin, ni scientifique ».
En novembre 2018, un jury civil accorde 105 millions de dollars à une patiente atteinte d'un cancer, montant ensuite réduit par le juge à un peu plus de 25 millions. En février 2025, il est de nouveau reconnu coupable par un jury (abus sur personne âgée, vol aggravé, exercice illégal de la médecine), et le 28 mai 2025, à 73 ans, il est condamné à 68 mois de prison en Californie. La victime était une femme de 79 ans, à qui il facturait des thérapies dont des injections intraveineuses de bicarbonate, pour des dizaines de milliers de dollars, certaines factures dépassant 100 000 dollars.
Rien de tout ça ne dit que les gens qui vous ont parlé de terrain acide sont malhonnêtes. La plupart y croient sincèrement. Mais c'est de là que vient l'idée, et c'est utile de le savoir avant de sortir sa carte bleue.
Vos questions sur l'acidité du corps
Quel est le pH normal du corps humain ?
Le pH du sang artériel se situe entre 7,35 et 7,45, et certaines références sont encore plus resserrées, autour de 7,37 à 7,43. C'est une fenêtre de 0,1 unité, tenue en permanence, pendant que votre métabolisme produit 15 000 à 20 000 mmol de CO₂ par jour. Attention à ne pas confondre avec le pH urinaire, qui varie normalement de 4,5 à 7,5 selon ce que vous mangez : celui-là bouge, et c'est justement le signe que le système fonctionne.
La fatigue est-elle un signe d'acidose ?
Non, et c'est contre-intuitif. Une acidémie modérée est, en elle-même, asymptomatique. Même une vraie acidose légère, mesurée sur une prise de sang, ne fatigue pas. Quand l'acidité devient un vrai problème, comme dans l'acidocétose diabétique, les signes sont bruyants : vomissements, respiration ample, haleine reconnaissable, hospitalisation. Une fatigue qui dure depuis des mois a d'autres causes, et elles se cherchent : anémie, hypothyroïdie, diabète, apnée du sommeil, dépression, effet d'un médicament.
Comment désacidifier son corps naturellement ?
Vos poumons et vos reins le font déjà, en permanence, et sans rien vous facturer. Cela dit, si vous avez adopté une alimentation alcaline et que vous vous sentez mieux, vous n'avez pas rêvé : ce type d'alimentation fait manger plus de légumes et de fruits, moins d'ultra-transformé et moins de sel. C'est ça qui agit, et ça agit vraiment. Gardez l'assiette. C'est l'explication qui était fausse, pas le repas.
Le citron est-il acidifiant ou alcalinisant ?
Alcalinisant, et sur ce point la naturopathie a raison, pour la bonne raison. Le jus de citron a un indice PRAL de -2,4 : il est acide dans le verre, mais son citrate est métabolisé en bicarbonate. La preuve la plus solide vient d'ailleurs de la médecine : le citrate de potassium est un des alcalinisants urinaires que les urologues prescrivent pour dissoudre les calculs d'acide urique. Même molécule, même mécanisme.
Faut-il boire de l'eau de Vichy ou de l'eau alcaline tous les jours ?
Non. L'eau de Vichy a un vrai usage, mais c'est un usage médical ciblé : alcaliniser les urines chez quelqu'un qui a fait un calcul d'acide urique, avec une cible de pH et un suivi. Elle apporte du sodium, ce qui pose problème en cas d'hypertension, et les urologues lui préfèrent alors le citrate de potassium. Quant aux eaux alcalines, les allégations de rééquilibrage du pH corporel ne reposent sur aucune donnée solide. Et alcaliniser n'est pas bon dans l'absolu : un pH urinaire alcalin favorise d'autres types de calculs.
Mes bandelettes de pH urinaire ne changent pas de couleur, sont-elles défectueuses ?
Probablement pas. C'est un témoignage qu'on lit souvent, parfois avec un détail savoureux : la personne teste l'urine de quelqu'un d'autre, même résultat, puis trempe la bandelette dans du vinaigre, et là la couleur vire. Ce test-là prouve que la bandelette fonctionne. Elle est simplement peu discriminante face à des urines normales, dont le pH tourne autour de 5 à 7 la plupart du temps. Une bandelette qui bouge peu, c'est un test qui réussit, pas un test qui rate.
Cet article est un contenu d'information générale. Il ne remplace ni un avis médical, ni un examen, ni un diagnostic. Si vous ressentez une fatigue durable, des douleurs articulaires ou des troubles digestifs qui persistent, la bonne démarche est d'en parler à votre médecin traitant, qui pourra prescrire les examens adaptés à votre situation. En cas de signes évoquant une urgence, appelez le 15.
